La mutualisation, un nouveau mode de consommation

Depuis la crise financière de 2007, Le système économique mondial actuel, et notamment en France, a pris une toute nouvelle conjoncture. Nous assistons à un bouleversement progressif des manières de consommer et plus généralement d’accéder à la propriété. Nous l’appelons économie collaborative, ou encore économie circulaire. Qu’est ce qui  fait qu’une voiture, un appartement ou encore un bureau qui était jusqu’alors la propriété d’une seule personne devienne un “outil” (grâce aux technologies du web notamment) accessible à tous pour un temps donné ?

Cette notion d’économie collaborative née de l’entrepreneur Bostman, qui a vanté l’accès aux produits et services sans le coût, la charge ou la responsabilité. Les citoyens l’ont petit à petit adopté et ont pris de nouvelles habitudes financières et sociales pour réussir à stabiliser voire améliorer leur équilibre économique tant personnel que professionnel. L’économie collaborative est un mode novateur où les usagers se partagent l’usage de biens ou services, avec ou sans contrepartie monétaire.

Les entreprises telles que Airbnb (plateforme de mutualisation d’appartements entre particuliers) aux Etats-Unis ou Blablacar (plateforme de covoiturage) en France, ont largement contribuées à populariser ce nouveau mode de consommation. Elles connaissent un réel succès, réalisant respectivement 1 md$ et 80 mns € de chiffre d’affaire après 10 et 12 ans d’existence. Bien qu’aujourd’hui ce mode de consommation soit plutôt orienté vers les particuliers, les professionnels s’y intéressent de plus en plus. Pourquoi ne pas allier ce partage de biens dans des secteurs d’activités où les besoins coûtent chers et sont donc moins accessibles ?

Se révélant être un mode de consommation pérenne et durable, les échanges de biens et services entre professionnels se développent en Europe et dans le reste du monde. En 2014  le Néerlandais Kim Tjoaest fonde Floow2, une plateforme de mutualisation de biens et services entre professionnels. Du tractopelle à la salle de réunion en passant par les scanners, la plateforme permet aux entreprises de faire un usage plus efficace de ce qu’elles ont déjà ou de passer de la propriété à l’usage quand un besoin d’équipements ou de personnel se fait sentir. Le secteur de la santé, quant à lui n’échappe pas à la transformation de son mode de consommation. Une transformation qui pourrait permettre au structures d’accéder à des équipements qu’elles ne pourraient pas acheter en temps normal et de mettre à disposition des équipements dont l’utilisation peut être optimisée (et donc de rentabiliser plus rapidement les investissements). Notre système de santé actuel est fortement impacté par les restrictions budgétaires et malgré ce constat inquiétant qui fragilise la bonne gestion des structures de santé, le coût des équipements médicaux et leur maintenance restent élevés. Au sein d’un Hôpital, d’une maison de santé ou d’un ehpad, il est parfois difficile de connaître le réel taux d’utilisation d’un équipement tel qu’un endoscope, un rétinographe ou encore d’un appareil de chirurgie ophtalmologique. comme le montre une récente étude de  GE healthcare: un équipement médical une fois acquis est utilisé  42% du temps . Pour pallier a ce problème, plusieurs solutions ont vu le jour. C’est le cas de l’entreprise Cohealo qui mutualise les équipements chirurgicaux entre cliniques et hôpitaux aux états unis. Les économies réalisées vont jusqu’à 1 m$/an/hôpital. En France les mesures de regroupements des achats sont développées depuis longtemps(UGAP..) et sont renforcées via la nouvelle mesure visant a créer les GHT (groupement hospitaliers de territoire). Ces mesures quoique encourageantes, ne permettent pas encore de réellement mutualiser des équipements détenus par une structure.

Les changements structurels dans le domaine de la gestion des établissements de soins en france vont permettre le développement de la mutualisation. La volonté des différents acteurs du secteur de faire rentrer les technologies numériques au service de l’hôpital (nouvelle organisation du travail et simplification du parcours patient) vont largement y contribuer, tant dans le domaine médical Humain qu’Animal.

Chez les vétérinaires, certaines solutions de mutualisation des ressources sont également disponibles. On peut par exemple penser à la mutualisation des achats en passant par des centrales d’achats, permettant d’obtenir des équipements et autre à un prix intéressant. Certaines cliniques vétérinaires pratiquent également de la mutualisation dites “à l’amiable”, en se mettant d’accord sur le partage d’un équipement avant de l’acheter à plusieurs. Cela permet l’optimisation du temps d’utilisation et de la rentabilité des équipements ainsi qu’un élargissement de l’offre de soin pour les cliniques participantes. Cependant, ces cas restent peu fréquent dû aux contraintes de distance, de besoins et d’organisation entre les différentes cliniques.

Au niveau national, la mutualisation des équipements est possible avec la plateforme AZELIES. Cette plateforme permet à n’importe quel vétérinaire de proposer ses équipements à la location ou de les louer en fonction de leurs besoins.

AZELIES prend en charge le transport, l’administratif et la facturation, rendant la relation entre les vétérinaires anonymisée.

Bien que la plateforme soit récente (sortie officielle Juin 2018) il est déjà possible d’y retrouver plus d’une vingtaine d’équipements, disponibles sur la région nord, tel que des endoscopes, des lasers thérapeutiques ou encore des épurateurs d’air.

Dans tous les domaines, la mutualisation de biens et de services apporte énormément d’avantages. Elle peut être perçue comme une notion pleine de bon sens, en permettant à des personnes intéressées d’utiliser un bien jusqu’alors inutilisé, que ce soit un endoscope, un appartement ou une place à l’arrière d’un paris-lyon. Dans un tel processus, les deux parties impliquées se retrouvent gagnantes en l’échange d’un investissement minime en énergie et en temps.

Au delà de ses applications concrètes, la mutualisation permet de repenser tous nos modes de consommation actuel, remplaçant la surconsommation et le gâchis par l’échange et la collaboration.

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